"Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leur parole, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus au dessus d'eux l'autorité de rien et de personne, alors c'est là en toute beauté et en toute jeunesse le début de la tyrannie". PLATON

Réponse du PARTI POPULISTE

 aux partisans de la privatisation de la SNCF






Nous avons mis sur le site du Parti Populiste, vers la mi novembre, un communiqué concernant une manifestation de cheminots français, réagissant au projet de la direction SNCF – avec l’aval du ministère de tutelle – de refondre les contrats de travail des conducteurs de trains de fret, dans le cadre probable de la concurrence avec les trains de fret privés. Ces cheminots français étaient accompagnés de nombreux adhérents de syndicats de cheminots européens (8000 personnes d’après la police ; 20000 d’après les organisateurs), inquiets que les mêmes procédés, sur ordre de Bruxelles, se généralisent dans leurs pays respectifs.

Notre communiqué a suscité de nombreux échos. Sans qu’il soit question de polémique, ceux-ci nous ont semblé mériter une explication quant à notre positionnement.

Quels sont les points qui ont motivé notre décision ?

Généralités

- Nous connaissons parfaitement les chiffres que vous nous avez annoncés ; non parce que nous avons la science infuse, mais parce qu'ils ont été analysés et divulgués par Christian Gérondeau (ex Monsieur Sécurité Routière de Giscard et aujourd’hui président de la Fédération française des automobiles clubs et des usagers de la route), invité à plusieurs reprises par Claude Reichman pour son émission “Le libre journal” à Radio Courtoisie.

- Les membres du bureau politique du Parti Populiste ne sont pas “anti-voiture”, bien au contraire, et n’ont aucune sensibilité à la pseudo écologie mondialiste et culpabilisante.

1- Les pertes des chemins de fer sont intrinsèques à ce mode de transport :

- L’ingénieur anglais Stephenson, qui doutait lui-même de la rentabilité future d'un mode de transport utilisant une voie coûteuse, construite pour l’usage exclusif des trains, a fait édifier des gares monumentales, des tunnels, des ponts et des viaducs ; ceci afin de rassurer les investisseurs, mais aussi afin de rendre irréversible le maintien de la première ligne Liverpool-Manchester en 1830 et l’extension du réseau.

- Le gouvernement Blum, en 1936, constatant les pertes des compagnies PRIVÉES (PLM, Chemins de fer du Nord, etc.), compensées chaque année par l’État, s’est hâté de les nationaliser pour les unifier et les transformer en Chemin de fer d’État.

2- Le maillage de la France par des voies ferrées est historique et dû à l’adéquation des besoins de la clientèle et du train pendant une longue période :

- Il a été de 1830 à 1930 l’unique moyen de transporter des voyageurs et des marchandises à une vitesse moyenne supérieure à celle de la traction animale.

- Il a été, durant les “30 glorieuses”, dans une France du plein emploi où la voiture était rare et chère, le seul moyen pour les ouvriers des villes et des campagnes alentour de rallier les sites industriels.

- Il a été, à une époque pas si lointaine où les camions “faisaient” 55 chevaux (600 à 800 aujourd’hui), le transporteur indispensable de tous les produits, incluant les produits frais (wagons de la STEF à blocs de glace).

3- Le chemin de fer est un service public indispensable :

- Il transporte environ 1 milliard de voyageurs par an (grandes lignes + régionales) qu'il semble utopique – même à coûts élevés pour le contribuable – de lâcher demain matin sur les routes de France, en voiture ou en autocar, et que le transport aérien serait bien incapable d’absorber.

- Ses moyennes de vitesse sont similaires à celles de la voiture sur les lignes TER et, de porte à porte, d’avion sur le réseau 100% TGV.

- Il reste indéboulonnable dans certains secteurs comme le transport des pondéreux ou les voitures neuves sorties d’usine.

- Son coût, sous condition d’une saine gestion, doit être absorbable par un pays qui fut autrefois la quatrième puissance mondiale. Il en va de même pour les hôpitaux, la Poste, etc.

4- À notre avis, la dimension des pertes actuelles est due :

- Depuis 30 ans, à des énarques ou polytechniciens, en rotation rapide, nommés plus par copinage ou couleur politique que pour leur sens du commerce ou leur capacité à fédérer les personnels autour d’un projet de redéploiement dynamique, en perspective à 15/20 ans.

- À l’investissement quasi exclusif dans le “tout TGV”, hors de prix, dont l’équilibre d’exploitation s’obtient au bout de 20 ans (à condition que le taux de remplissage soit supérieur à 96%), alors que le train dit “pendulaire”, à performances à peine moindres, permet d’utiliser les “anciennes” lignes sans autres travaux que quelques aménagements.

- Au fait que, par la suppression de certaines dépenses (wagons de marchandises unitaires, lignes locales), on élimine par voie de conséquence clients et chiffre d'affaires.

- À la reprise dans le secteur fret de la SNCF de transporteurs routiers privés en très mauvais état financier (Calberson/Bourget Montreuil) et casés dans la filiale SNCF GEODIS. Cette filiale GEODIS est ainsi devenue la responsable d’un pourcentage important des pertes de la SNCF. À notre avis, la SNCF n'a rien à faire dans le transport routier moyenne et longue distance.

- À un manque de dynamisme technique étonnant : les meilleurs wagons plateaux multimodaux ont été conçus par un transporteur routier (sauf erreur de notre part Faure et Machet de Phalsbourg) et présentés à la SNCF.

- À un manque de dynamisme commercial tout aussi étonnant : les clients Produits Frais ont déserté ce mode de transport – exemple : palettes de melons de Cavaillon restés à quai pour des raisons de fins de travail “au coup de gong” ! – alors que ce secteur pourrait être une carte maitresse du fret SNCF.

- Au recul systématique de nos gouvernants face à des forces syndicalo-staliniennes dont les méthodes musclées vis-à-vis de collègues jugés trop tièdes n’ont jamais été dénoncées.

- À l’effondrement économique de la France. Ce qui fait que, d’une part, de telles pertes sont devenues difficilement supportables pour la Nation et que, d’autre part et surtout, dès que la production industrielle baisse, il y a moins de voyageurs et moins de marchandises à transporter.

En conclusion

Approuver la privatisation des trains de fret SNCF au prétexte qu'il est grand temps de rabattre le caquet de certains syndicalistes, c'est tuer un cancéreux pour stopper l'évolution de son cancer. La privatisation des chemins de fer à largement prouvé, en 172 ans d’existence du rail, qu'elle n'était le remède à aucun problème.

En approuvant de telles thèses, nous nous retrouvons côte à côte avec des gens dont le but principal est l'effondrement des États nations par la privatisation à l'extrême de toute structure nationale, laquelle structure ainsi privatisée est souvent propulsée à court terme vers des “investisseurs” apatrides, et avec des conséquences systématiquement anti-sociales pour les salariés.

Nous ne soutiendrons jamais de telles initiatives au sein du Parti Populiste.
D'autant que des solutions concrètes existent pour remettre la SNCF dans le droit chemin d’une saine gestion et que les cheminots retrouvent enfin la fierté d'y travailler. La première d'entre elles consiste à y mettre un vrai patron, passionné et issu du sérail.

En dernier lieu, rayer d'un trait de plume le chemin de fer français qui représentera bientôt 172 ans d'investissement contribuable, alors que les débats sur l'avenir énergétique de la France font rage et que des solutions de redressement commercial existent est une aventure que le Parti Populiste ne tentera pas.

Dominique ZIND